Cameroun : 5,8 millions dehors, 652 milliards dedans — La diaspora utile face au bruit des plateaux.

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Cameroun : 5,8 millions dehors, 652 milliards dedans — La diaspora utile face au bruit des plateaux.

Le forum ‘‘Ensemble Back Home’’ de Paris, des 18 et 19 septembre 2026, affiche un objectif clair : Transformer l’épargne des Camerounais de l’étranger en investissements structurants. Cette ambition oblige à poser trois questions. A savoir, qui est la diaspora, que transfère-t-elle réellement, et pourquoi le Cameroun capte-t-il moins que ses voisins. Et surtout, se demander pourquoi les plateaux tv invitent toujours ceux qui ne transfèrent rien.

Partout dans le monde

Les données sur les diasporas sont fragmentaires. Pour éviter les contradictions habituelles, UNDESA International Migrant Stock 2024 est la source principale unique pour les stocks. C’est la base ONU utilisée par la Banque Mondiale. Les données INSEE, American Community Survey et Statistique Canada sont utilisées à titre complémentaire pour expliquer les écarts entre recensement et réalité consulaire. Pour les flux financiers, les données sont celles de la Banque Mondiale, Remittances Data 2024 et de la BEAC Rapport Annuel 2024.

Selon UNDESA 2024, 5,8 millions de Camerounais vivent à l’extérieur, soit environ 15% de la population totale. L’OIM confirme cet ordre de grandeur dans son Profil Migratoire Cameroun 2024. La diaspora occidentale représente environ 55% des effectifs mais 80% des transferts. C’est la diaspora à haut revenu. Selon UNDESA 2024, la France compte 127 995, États-Unis 60 100, Allemagne 25 000, Canada 43 662, Belgique 15 769, Italie 15 013, Royaume-Uni 6 100.

A titre de comparaison, l’INSEE recense 102 000 Camerounais en France en 2023, l’écart s’expliquant par les binationaux non comptés. L’American Community Survey 2019 recense 53 185, l’écart venant des sans-papiers. La diaspora africaine représente près de 40% des effectifs mais moins de 15% des transferts. Toujours selon UNDESA 2024, il y a au Gabon 54 949, Nigeria 56 288, Tchad 40 472, Guinée équatoriale 18 000, Maroc 3 500. C’est une migration de proximité, qui revient souvent, mais transfère peu car elle gagne peu. C’est la grande oubliée des politiques publiques. Le reste, environ 5%, est très dispersé en Moyen-Orient (Emirats, Qatar), 5 000 à 10 000 personnes, et Chine, 2 000 à 3 000, surtout depuis 2020. C’est la diaspora émergente.

Trois diasporas, pas une

Contrairement à ce que pensent les journalistes et les experts-stratèges sur les plateaux télé, la diaspora n’est pas un bloc homogène. Pour comprendre son impact réel, il faut la diviser en trois catégories selon ce qu’elle transfère dans leur pays (argent et compétences, rien, ou conflit).

La ‘‘diaspora utile’’ (11e région), vitale, fait circuler de la valeur vers l’intérieur. En 2024, 603 millions de dollars en formel selon la Banque Mondiale, soit 362 milliards FCFA, et 1,2 milliard de dollars au total avec l’informel, soit 652 milliards FCFA, selon le MinFi / CDEC. Plus que l’Investissement Direct Etranger (IDE). Cette diaspora c’est le médecin qui revient apporter son expertise, l’ingénieur qui installe un système d’irrigation, l’enseignant-chercheur qui co-encadre des thèses, produit des articles scientifiques de vulgarisation pour l’opinion publique et les étudiants qui ne peuvent pas s’accorder un abonnement dans une revue scientifique. C’est aussi celui qui fait entrer une entreprise camerounaise dans un appel d’offres, arrache un partenariat avec une université étrangère. Cette diaspora, c’est le ‘‘brain gain’’ au lieu du ‘‘brain drain’’. Elle est sur les chantiers. Et peu visible sur les réseaux sociaux.

La deuxième, la ‘‘diaspora neutre’’, est la majorité silencieuse. C’est la plus oubliée. Elle travaille comme chauffeur, aide-soignante, vigile. Elle aime le Cameroun, regarde les Lions, cuisine les plats traditionnels le dimanche. Elle survit. Elle envoie un peu quand elle peut, après le loyer. Elle est inutile au sens statistique du développement (elle ne peut pas investir). Mais elle est humaine et légitime. C’est la diaspora de la survie, pas de l’influence.

La ‘‘diaspora conflictuelle’’, la plus bruyante. Moins de 5%, mais la plus médiatisée depuis 2018. Basée à Paris, Bruxelles, Berlin et Washington, elle ne transfère pas d’argent vers le village. Elle transfère du conflit. Manifestations devant les ambassades en violation directe de l’article 22 de la Convention de Vienne sur l’inviolabilité des représentations diplomatiques, lobbying des sanctions contre leur pays. Campagnes de boycott des artistes. Activisme intense en directs nocturnes sur Facebook, TikTok et YouTube. Cette ‘‘diaspora conflictuelle’’ ne propose pas d’alternative économique concrète. Son bilan en construction d’écoles ou forages depuis 2018 reste non mesurable dans les bases BEAC, tandis que la réparation des ambassades vandalisées à Paris et Berlin en 2019 a coûté des millions au contribuable selon le communiqué du MINFI de 2019. Ils incarnent la perte du retour sur investissement éducatif de l’État. C’est le syndrome du supporter au stade qui insulte les joueurs mais ne descend jamais sur le terrain.

Rôle de l’écosystème médiatique, le biais de disponibilité

Néanmoins, la ‘‘diaspora utile’’ qui représente 80% des flux financiers n’intéresse pas les plateaux. Elle occupe moins de 10% du temps d’antenne, tandis que la diaspora casseuse, qui représente moins de 5% des effectifs, occupe plus de 70% depuis 2018. La raison n’est pas dans la diaspora. Elle est dans l’économie de l’attention. Un médecin de la diaspora qui opère 50 cataractes dans un village camerounais n’est pas une information rentable. Ça ne fait pas de clash. En revanche, ‘‘la diaspora (terme générique) qui saccage l’ambassade’’, l’est. C’est le biais de disponibilité. C’est donc tricher de se plaindre que la diaspora n’investit pas assez, et en même temps, donner le micro en permanence à ceux dont le discours est ‘‘n’investissez pas. Boycottez’’.

Cécité des experts de plateau

Pour analyser la diaspora, il faut avoir lu au moins un rapport UNDESA, un rapport BEAC, un rapport OIM (celui de 2024 fait à peine 40 pages), et l’article 22 de la Convention de Vienne sur l’inviolabilité des ambassades. En définitive, personne ne se demande pourquoi la diaspora marocaine ou ghanéenne est plus efficiente. Personne ne se demande pourquoi le Cameroun, 10 fois plus petit que l’Égypte mais avec une diaspora plus nombreuse en proportion, ne capte pas assez de fonds.

Cameroun, petit joueur continental

En 2024, selon la Banque Mondiale WDI 2024, l’Afrique a reçu $104 milliards de sa diaspora. L’Égypte, 22,7 milliards (7,6% de son PIB). Le Nigeria, 19,8 milliards. Le Maroc, 12,05 milliards (8,1% du PIB). Le Sénégal, 2,9 milliards (11,6% du PIB). Le Ghana, 4,6 milliards captés via les Diaspora Bonds. Le Cameroun, à peine 1,08 milliard de dollars en 2024, soit 650 milliards FCFA selon le MINFI et la BEAC, soit 2,5% du PIB. Sur les 5 dernières années, la moyenne est de 450 milliards par an. La courbe a triplé depuis 2017 où elle n’était que de 167 milliards de FCFA (278 millions de dollars selon Banque Mondiale 2017). Mais cette progression reste insuffisante comparativement à celle des autres diasporas.

Capter l’‘‘épargne dormante’’

‘‘Ces fonds servent surtout à couvrir des dépenses courantes, les frais médicaux, la scolarité ou le soutien familial. Ce sont des flux utiles mais qui n’alimentent pas suffisamment l’investissement structurant’’. Expliquait en juillet 2026 Moh Sylvester Tangongho, DGTCFM. 70 à 80% partent en consommation. Dit autrement, c’est vital pour les familles, mais ne crée pas d’usine. ‘‘Nous réfléchissons à des émissions ciblées par projet. Les populations concernées pourraient souscrire en sachant exactement à quoi leur contribution est affectée. Cela renforce la transparence et l’adhésion autour des investissements publics’’. Indique Moh Sylvester. Il ajoute, ‘‘nous voulons ouvrir cet accès aux petits épargnants via des plateformes fintech. Imaginez qu’un citoyen puisse investir à partir de 1 000 FCFA. Si un million de personnes participent, cela représente déjà un milliard mobilisé’’. L’idée est de capter ‘‘l’épargne dormante’’. La solution étudiée par l’État est celle des ‘‘Diaspora Bonds’’. C’est tout l’enjeu des Assises EFRACAM (8-12 juillet 2026) et de la rencontre entre le Ministre des Finances Louis Paul MOTAZE et l’OIM le 3 août 2026.


Feumba Samen

PBN

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