Présidentielle au Cameroun : Jacques Bougha Hagbe, l’ancien du FMI qui veut redresser le pays.

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Présidentielle au Cameroun : Jacques Bougha Hagbe, l’ancien du FMI qui veut redresser le pays.

Candidat du Mouvement citoyen national camerounais (MCNC) pour la présidentielle d’octobre, l’ancien fonctionnaire international veut tracer une nouvelle voie économique pour le Cameroun. Portrait d’un ambitieux décomplexé à l’assaut d’Etoudi.

« D’où sortez-vous ? » Pour sa première conférence de presse après la validation de sa candidature à la présidentielle du 12 octobre par Elecam, l’organe de gestion des élections au Cameroun, Jacques Bougha Hagbe n’a pas été ménagé par les journalistes qui l’interrogent. L’économiste, fraîchement retraité du Fonds monétaire international (FMI) – où il était encore en poste jusqu’au 10 mai dernier – est en effet l’un des derniers à avoir dévoilé ses ambitions politiques, quelques semaines seulement avant la convocation du corps électoral.

Quelques semaines plus tard, en tête-à-tête avec Jeune Afrique, il nous fixe intensément, comme pour dégager l’assurance de ceux qui maîtrisent leur sujet. La politique n’est qu’un nouveau chapitre pour ce quinquagénaire, à qui ses lunettes donnent un air d’intellectuel. Astreint à un « devoir de réserve » jusqu’à son départ du FMI – la raison de sa discrétion, selon lui –, Bougha Hagbe réfute pourtant l’idée que son engagement politique serait une voie de garage pour ancien fonctionnaire international.

Douala, Washington, Haïti…

« J’ai commencé à écrire le premier chapitre de mon livre en 1997, affirme-t-il. J’y proposais déjà des solutions pour répondre à la problématique de l’emploi dans ce pays. » Le livre en question est un volumineux ouvrage-programme intitulé « Kamerun, Propositions pour un nouveau départ ». Présenté au public le 14 août dernier, il condense la vision que le candidat du Mouvement citoyen national camerounais (MCNC) a pour son pays. « C’est quelque part la somme des expériences de ma vie », assure-t-il.

L’histoire de sa vie peut se résumer en trois grandes étapes. D’abord, son enfance dans le quartier populaire de la Cité Sic à Douala, où ce fils de commerçant bassa a grandi au rythme des récits d’anecdotes sur les luttes nationalistes. Celles impliquant son grand-père maternel notamment, ancien cadre de l’Union des populations du Cameroun (UPC), dont la famille a subi les affres de la guerre d’indépendance. Mais aussi celles de ces anonymes massacrés dans les églises ou contraints de se réfugier en forêt lors des passages des hélicoptères de l’armée française.

Vient ensuite un parcours universitaire « naturel » : des études en économie, conclues par un doctorat à l’université Cornell, aux États-Unis. Ce diplôme lui ouvre les portes du FMI, qu’il rejoint en 2002 et où il passera l’essentiel de sa carrière. Des années entre Washington et divers pays en développement, avec un sommet atteint en 2010, lorsqu’il devient représentant résident de l’institution en Haïti.

Cette année-là, le pays d’Amérique centrale est frappé par un séisme dévastateur. Malgré les milliards de dollars mobilisés, la reconstruction s’avère chaotique : manque de coordination, dérives, faiblesse institutionnelle chronique. Patron du FMI sur place, Bougha Hagbe prend-il alors conscience des limites du système ? « Il y a sûrement des choses qu’on aurait dû faire et qui n’ont pas été faites », reconnaît-il aujourd’hui.

Un souverainisme populaire pour financer l’économie

Ces « choses » forment désormais, entre autres, la trame de son programme. Bougha Hagbe s’attaque de front au financement de l’économie camerounaise, qu’il veut relancer, et dont il chiffre les besoins à près de 37 000 milliards de francs CFA (56 milliards d’euros). « Aucun organisme international ne dispose d’une telle enveloppe, affirme-t-il. Le total de la dette du Cameroun vis-à-vis de tous ses partenaires est de 2 500 milliards de francs CFA. On est très loin du compte espéré. »

Nous allons limiter l’endettement de l’État car les grands projets de développement seront conduits par des entreprises populaires qui pourront lever des capitaux en émettant de nouvelles actions.

Pour y remédier, il prône un souverainisme économique fondé sur l’actionnariat populaire. Son plan prévoit notamment le remplacement des entreprises publiques par des « entreprises populaires », la mise en place d’un financement des infrastructures par des structures spéciales contrôlées par les citoyens, ou encore la création d’un « réseau financier des peuples africains » pour faciliter les échanges et la convertibilité des monnaies sans passer par « les grandes devises actuelles ».

« Nous allons limiter l’endettement de l’État car les grands projets de développement seront conduits par des entreprises populaires qui pourront lever des capitaux en émettant de nouvelles actions », explique-t-il. Bougha Hagbe a le verbe haut et un argumentaire parfois jugé simpliste. S’il admet que son idée n’a jamais été testée, il refuse qu’on la qualifie d’« hors-sol ». Malgré ses années à l’étranger, il revendique un ancrage fort dans la réalité de son pays natal.

En 2014, cela s’est traduit par un ambitieux projet agricole dans la région du Littoral, dont la capitale est sa ville d’origine, Douala. « J’hésitais entre plantain et palmier à huile, raconte-t-il. Je me suis laissé convaincre que ce serait mieux de commencer par une culture au cycle court. Nous avons donc lancé un champ de 10 hectares de plantain. » L’affaire tourne court : l’absence de circuits de distribution provoque d’énormes pertes. Déterminé, il s’est depuis réorienté vers le palmier à huile.

« L’opposition a les moyens de battre le RDPC »

Cette opiniâtreté, Bougha Hagbe en a fait son moteur politique. S’il dénonce les limites d’un système électoral qu’il juge vicié, il refuse de se présenter en victime résignée de la prochaine présidentielle, qui aura lieu le 12 octobre. « L’opposition a les moyens de battre le parti au pouvoir, affirme-t-il, visiblement convaincu. La configuration actuelle ne donne aucune chance au Rassemblement démocratique du peuple camerounais », au pouvoir. Selon lui, la solution est la mutualisation des forces, notamment pour la compilation des résultats.

« La candidature unique de l’opposition ne doit pas être une obsession, explique-t-il. J’ai proposé la mise en place d’une coalition pour la compilation des résultats, un objectif plus atteignable qu’une candidature unique, même si je ne suis pas opposé à cette dernière. »

Confiant dans les capacités de l’opposition au sens large, son ambition personnelle est sans doute plus modeste. Au moment d’aborder officiellement sa campagne et d’inaugurer sa carrière politique, le secrétaire général du MCNC entend surtout inscrire son nom dans le paysage politique camerounais, au-delà du scrutin du 12 octobre prochain.


Franck Foute

ATN

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